À propos de Jean Montplaisir

Jean Montplaisir est psychologue en pratique privée depuis plus de trente-cinq ans. Après quelques années d’activités professionnelles réparties entre des charges d’enseignement en milieu collégial et universitaire et la pratique de la psychothérapie, il s’est consacré entièrement à son travail clinique depuis la fin des années 80.

Inspiré d’abord par des approches de dissidents freudiens (Perls, gestalt, accent sur les processus), l’école de Palo Alto (Watzlawick, constructivisme), il s’est intéressé à la psychologie transpersonnelle (Maslow, Grof, Carl jung) et au mysticisme.

Fasciné par les grandes questions philosophiques et spirituelles depuis sa jeune vingtaine, il s’est investi dans l’étude de la vie et de l’enseignement de grands sages modernes (Krishnamurti, Swami Prajnanpad, Lee Lozowick, Stephen Jourdain), jusqu’à ce qu’une rencontre marquante avec un maître français (Arnaud Desjardins) vienne le secouer radicalement. Son roman, La danse du serpent publié aux éditions Libre Expression en septembre 2001, est en quelque sorte une métaphore des enseignements qu’il a reçus et de leurs impacts, autant sur lui-même que sur son cadre de référence comme thérapeute.

En s’initiant en 2013 aux principes de base de la thérapie de l’acceptation et de l’engagement, il nous a confié sa satisfaction d’avoir trouvé dans les développements récents de la thérapie cognitivo-comportementale une parenté avec la sagesse des Grands Maitres ayant inspiré sa pratique et sa vie depuis quatre décennies.

«En toute liberté et juste pour le plaisir, je suis heureux de répondre à l’invitation de ma grande amie Nicole Côté de partager mes réflexions et élucubrations sur Tout et sur Rien.»

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Dieu s’est encore trompé

Jean MontplaisirÀ mon avis, Vigneault a tapé dans le mille lorsqu’il  a écrit «…tout le monde est malheureux tout le temps».  Je ne parle pas uniquement des supposés grands malheurs tels  une peine d’amour  vous laissant le coeur en miettes ou une  perte financière mettant vos plans de retraite en péril.   Je veux aussi et surtout parler des malheurs ordinaires, des petits irritants aléatoires du quotidien comme cette contravention glissée derrière l’essuie-glace de la voiture ou l’odeur du parfum d’un collègue qui vous lève… le cœur.

Nous sommes malheureux quand les évènements ne correspondent pas à ce qu’on voudrait ou nous mettent en présence de ce qu’on ne voudrait pas.  Nous sommes malheureux parce que nous cherchons constamment autre chose que ce qui est, ici et maintenant.

L’homme souffre d’une maladie encore plus dévastatrice que le sida et le cancer réunis, plus pernicieuse que la grippe H1N1, plus dommageable que toutes les pathologies réunies.  Pandémie universelle et transgénérationnelle, elle passe totalement inaperçue et n’est donc jamais traitée!  Le poète en reconnait bien le symptôme mais se perd en conjectures littéraires quant à sa véritable identité.

Cette maladie,  je l’ai nommée provisoirement le «refus».  Elle consiste à vouloir substituer à ce qui est  une  version de la réalité de son propre cru, version où les évènements et les comportements des autres auraient dû ou devraient bientôt  s’ajuster parfaitement à nos désirs. L’évidence des faits est niée pour être automatiquement remplacée par la prétention que les choses «auraient dû» se passer autrement: «comment a-t-il pu?…», «je ne peux pas croire que…», «il devrait me comprendre…», «c’est pas possible!»… la litanie des substitutions n’a pas de fin.

Vous trouvez que j’exagère, que mes constats sont simplistes?  Soyez honnêtes. Vous êtes bien plus malheureux que vous voulez bien l’admettre. Vous pensez que ce sera mieux demain, vous vous lancez à la recherche du bonheur,  d’une nouvelle méthode, du compagnon idéal, du temps perdu, de la vérité.

Vous devenez un chercheur spirituel. Vous aspirez à ce que votre version du monde et ce qu’il vous présente de seconde en seconde soient enfin synchronisés.  Et lorsque vos désirs et la réalité ne font qu’un, votre prétention de toute-puissance vous semble confirmée…jusqu’à ce que Dieu se trompe une autre fois!

Et c’est reparti!  La maladie du refus global prolifère de plus belle, amenant irritation chronique, colère, déceptions, désespoir, impuissance et pandémie de dépression nerveuse, dommages  collatéraux  faisant les choux gras de tous les empires pharmaceutiques de la planète des singes.

Il faut faire quelque chose, me direz-vous.  À première vue, il semble assez évident que l’antidote au refus est l’acceptation.  «Il y a une contravention coincée entre l’essuie-glace et le pare-brise: d’accord», «mon collègue a un nouveau parfum soulevant chez-moi une aversion: d’accord», «Denis Coderre est maintenant maire de Montréal: d’accord». D’accord parce que c’est un fait indéniable, votre éventuelle préférence pour un autre candidat en étant un aussi.

L’acceptation n’équivaut pas à la résignation ou à la perte des possibilités d’agir et de désirer.  C’est la panacée de la maladie mentale qui consiste à tenir pour irréel ou impossible ce qui est déjà arrivé!  Donc si une conduite d’eau  a pété et que votre sous-sol est inondé, appelez le nettoyeur après sinistre et le plombier!

En terminant, j’aimerais pousser cette réflexion éclair juste un peu plus loin: si l’acceptation est LA panacée, vous ne pouvez malheureusement pas choisir de l’utiliser.  Il n’y a pas de choix, car il n’y a pas d’autres possibilités. C’est comme la respiration.  On peut retarder l’expiration certes, jamais y échapper.

La seule «liberté» qui vous reste est de différer l’inéluctable et de vous maintenir ainsi dans la folie. La seule liberté qui vous reste, c’est de pratiquer cette étrange religion consistant à proclamer à chaque nanoseconde que le Dieu que vous vénérez se trompe tout le temps.

Jean Montplaisir